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Les Conversations de l'Arsenal #1 (A. Riffaud)

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Alain Riffaud

Alain Riffaud a mené une carrière d’enseignant-chercheur en littérature française et n’a cessé au fil des années et de ses recherches d’approfondir sa connaissance des impressions théâtrales du XVIIe siècle.
Éditeur de textes et bibliographe (son Répertoire du théâtre français imprimé, hébergé par l’Université de Fribourg est en accès libre et couvre l’ensemble du 17e siècle), il prend également le temps de partager ses découvertes dans des synthèses magistrales :  ses observations l’ont tout d’abord conduit à éclaircir la question de La Ponctuation du théâtre imprimé au XVIIe siècle (Droz, 2007), puis à exposer dans Une archéologie du livre français moderne (Droz, 2011), sa méthode d’examen et de description des objets que sont les livres, mise en œuvre par la bibliographie matérielle à partir de tous les aspects techniques et des différentes étapes de la fabrication d’un livre.

Alain Riffaud : bibliographie sommaire

- Le Théâtre imprimé, 1630-1650 (Matière à dire, 2006)

- La Ponctuation dans le théâtre imprimé au XVIIe siècle (Droz, 2007)

 - Répertoire du théâtre français imprimé entre 1630-1660 (Droz, 2009)

- Archéologie du livre français moderne (Droz, 2010)

- L'écrivain et l'imprimeur : [actes du colloque international, Université du Maine, 8 et 9 octobre 2009] / direction d'ouvrage (Presses universitaires de Rennes, 2010)

- Vercors, l'homme du silence (Portaparole, 2014)

- L'aventure éditoriale du théâtre français au XVIIe siècle (PUPS, 2018)

Le théâtre imprimé français au XVIIe siècle - Diaporama

Alain Riffaud durant sa conférence à la Bibliothèque de l'Arsenal, le 28 mai 2018

Visite de l'exposition Théâtre imprimé en France au XVIIe siècle

Les commediens de la troupe choisie, [Paris, 1631]; Affiche pour la représentation de la tragi-comédie Ligdamon et Lidias, ou La ressemblance, de Georges de Scudéry (Paris, F. Targa,1631)

 La Silvanire, ou La morte-vive, du Sr Mairet, tragi-comédie pastorale... avec les figures de Michel Lasne. F. Targa, 1631

Ouverture du théâtre de la grande salle du Palais cardinal. Mirame, tragicomédie / Jean Desmarets de Saint-Sorlin. Paris, Henry Le Gras [impr. Jacques I Langlois],1641

Deux éditions du Théâtre / Pierre Corneille, Rouen [impr. Laurent II Maury], Paris, Augustin Courbé, 1660 ; et Paris, Guillaume de Luynes, 1664

Le Jaloux invisible, comédie / Brécourt. Paris, Nicolas Pépingué, 1666. Avec la musique imprimée des parties chantées

Le Pont-Neuf veu du coté de la rue d'Auphine : l'embaras de Paris / dessigné et gravé par N. Guérard. A Paris chez Nicolas Guérard Graveur rue St Jacques à la Reyne du Clergé proche St Yves. C.P.R., [17..]

La Galerie du Palais / Abraham Bosse. Demeurant sur le Pont N. Dame, au Pélican. Le Blond le jeune excud. Avec Privilége du Roy, [vers 1640]

La Salle du Palais de Justice de Paris

Alain Riffaud devant le 7e Pilier de la Salle du Palais

Rue de Lanneau et rue de l'Écosse (le quartier Saint-Hilaire à Paris)

Vercors : l'homme du silence / Alain Riffaud (Portaparole, 2014)

Entretien avec Alain Riffaud

Entretien avec Alain Riffaud, par Nadine Ferey-Pfalzgraf, conservatrice chargée du fonds ancien, Bibliothèque de l'Arsenal, 12/11/2018

Cher Alain Riffaud, merci d’inaugurer avec nous cette série des Conversations à l’Arsenal ! Vous êtes un de nos fidèles lecteurs, depuis longtemps et régulièrement, et à chaque fois pour un nombre important de consultations. Que venez-vous faire à la bibliothèque de l’Arsenal et quel est le sujet de vos recherches ?

Je suis en effet un fidèle lecteur de l’Arsenal depuis les années 1990. Mes recherches portent sur le théâtre imprimé au XVIIe siècle, et j’ai exploré les fonds de l’Arsenal (Belles Lettres, Doué, et Rondel, avant son transfertà Richelieu) qui sont d’une grande richesse. J’ai travaillé à l’élaboration d’un Répertoire du théâtre français imprimé entre 1600 et 1699, qui a d’abord fait l’objet d’une publication chez Droz en 2009, constituant une étape intermédiaire avec la période 1630-1660. Dix ans après, mon Répertoire, disponible en ligne, couvre l’ensemble du siècle. J’ai porté mon effort sur l’identification des imprimeurs de Paris et de Province afin de pouvoir répertorier leur matériel et déterminer la provenance des impressions légitimes et des contrefaçons. Mes recherches me permettent également de comprendre les processus de fabrication et de commercialisation des imprimés de théâtre. J’ai enfin mené des enquêtes archéologiques sur les exemplaires afin de résoudre les anomalies apparentes, ce qui m’a permis d’élaborer des méthodes d’investigation dont j’ai rendu compte dans Une Archéologie du livre français moderne (Droz, 2011).

Mais cela doit vous amener à voyager beaucoup et à visiter de belles bibliothèques !

Si l’Arsenal est la bibliothèque où j’ai passé le plus de temps, je visite aussi les autres bibliothèques parisiennes : non seulement les sites BnF, mais également la Sorbonne, Sainte-Geneviève, Paris IV, l’Opéra ou la Comédie française. Mes recherches me conduisent à faire le tour de la France, de Cherbourg à Marseille, de Valognes à Nîmes, de Rennes à Grenoble, d’Angers à Lyon, de Nantes à Chantilly… Je voyage enfin à l’étranger ; à Rome, je citerai la Biblioteca Casanatense, riche d’un fonds français constitué par le cardinal Casanatense, et qui offre un cadre d’exception au chercheur ; à Dublin, le fonds ancien de Trinity College, qui renferme le fabuleux fonds Aspin consacré au théâtre français de 1610 à 1715 ; et puis les bibliothèques anglaises qui ne manquent pas de richesses, la British Library à Londres, les collèges de Cambridge et d’Oxford. Chaque bibliothèque donne l’occasion de découvrir des exemplaires inconnus ou des états non répertoriés ; offrant aussi la possibilité de rencontrer des conservateurs, qui deviennent ensuite des relais efficaces.

Vous étiez également présent à l’Arsenal le 28 mai 2018 pour présenter votre ouvrage « L’aventure éditoriale du théâtre français au 17e s. » (PUPS, 2018). Cette conférence était accompagnée d’une petite exposition de pièces de théâtre imprimées de l’époque. Quelles sont les grandes lignes que vous aviez tenues à faire ressortir pour illustrer votre propos ?

Petite exposition peut-être par le nombre de vitrines (vingt et une), mais remarquable par la qualité et la variété de la présentation, qui doit beaucoup à Nadine Ferrey et au personnel de la bibliothèque. L’exposition suivait le fil de la chronologie, mais l’ensemble des vitrines permettait de découvrir des auteurs, des imprimeurs, des libraires, de mettre l’accent sur le contexte politique, culturel, commercial, géographique, de s’intéresser à la typographie et à son évolution, ainsi qu’aux ateliers de contrefacteurs en France ou en Hollande. On pouvait découvrir des éditions originales qui ont marqué l’histoire du théâtre à cette époque depuis Le Cid jusqu’à Tartuffe. Enfin les imprimés étaient accompagnés de documents anciens : la plus ancienne affiche annonçant le programme d’un théâtre parisien, ou bien l’interrogatoire d’un libraire emprisonné à la Bastille, sans compter quelques gravures de l’époque.

En plus des visites commentées de l’exposition que vous aviez menées, vous aviez proposé à un petit groupe une autre visite, hors-les-murs : nous raconteriez-vous cette expérience inédite ?!

Toutes ces années de recherche m’ont familiarisé avec le Paris du XVIIe siècle, d’où provenait la plus grande part de la production. J’en connais les rues, les lieux de fabrication et de vente, et je peux quasiment frapper à la porte des ateliers d’imprimerie. C’est pourquoi j’ai proposé une visite in situ, petit tableau portatif à la main, pour conduire des petits groupes. Partant de l’ancien quartier Saint-Hilaire, sur la montagne Sainte-Geneviève, nous sommes descendus par la rue Saint-Jean de Beauvais, la rue Saint-Jacques, puis l’ancienne rue Vieille Bouclerie, pour rejoindre le Palais, avant de continuer vers le Pont-Neuf puis le quai des Augustins. Nous avons pu ainsi découvrir où a été imprimé Le Cid en 1637, ou bien les pièces de Molière, repérer les lieux d’exercice des petits comme des grands imprimeurs, les boutiques de marchands libraires, évoquer la grande Histoire et rapporter des anecdotes, afin de rendre la vie à cet univers de la librairie au XVIIe siècle.

Toutes les personnes qui vous ont entendu auront remarqué que vous avez un intérêt particulier pour le libraire Jean Ribou. N’auriez-vous pas des projets le concernant ?

C’est en travaillant à l’établissement des textes de Molière pour la dernière édition des ses œuvres parue à la Pléiade en 2010 sous la direction de Georges Forestier de Claude Bourqui, que je me suis rendu compte de l’importance de Jean Ribou, devenu l’éditeur exclusif du comédien. Comme personne n’avait jusque-là mis en avant cette figure particulièrement intéressante, j’ai été amené à reconstituer son parcours et à explorer les documents le concernant. Se dévoile une personnalité au caractère affirmé, qui ne manque pas d’initiative, qui possède le sens du commerce et de la publicité. Libraire qui a aussi maille à partir avec la police du livre et qui passe par la case Bastille. Mais qui continue malgré à vendre des livres, n’hésitant pas à ruser avec le pouvoir. Jean Ribou tient une bonne place dans l’ouvrage qui est sorti en même temps que l’exposition de l’Arsenal : L’Aventure éditoriale du théâtre français au XVIIe siècle, paru aux Presses de l’Université Paris-Sorbonne. Cependant je prépare un ouvrage illustré qui lui sera entièrement consacré : Le Libraire de Molière, qui verra le jour avant le quatrième centenaire de la naissance du dramaturge. J’espère à cette occasion pouvoir travailler avec la BnF, dans le cadre d’une exposition.

Avez-vous d’autres domaines de recherche ?

Je travaille aussi sur l’œuvre de Vercors, l’auteur du Silence de la mer (1942), qui offre l’avantage d’être un homme du livre. Je me suis aperçu que son œuvre était délaissée par la recherche. C’est pourquoi j’ai effectué un travail d’édition. J’ai d’abord fait ressurgir son grand album dessiné des années 1632-1638, La Danse des vivants (Le Mans, C&R, 2000), puis donné une anthologie (Paris, Omnibus, 2002). Plus récemment, j’ai publié une biographie de Vercors (Arles, Portaparole, 2014), ainsi que ses souvenirs d’enfance, demeurés inédits (Le Petit Louis, Arles, Portaparole, 2017). J’ai revu également l’édition du Silence de la mer au Livre de Poche (2018), en renouvelant sa présentation. Enfin, j’ai été à l’origine du fonds Vercors déposé à la bibliothèque Jacques Doucet à Paris.

Un grand merci, Alain Riffaud, et au plaisir de vous revoir prochainement à l'Arsenal!