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Caraïbes

"Un romancier qui respecte son art ne peut être un homme de nulle part, une véritable création ne peut non plus se concevoir en cabinet, mais en plongeant dans les tréfonds de la vie de son peuple." JS Alexis, Lettre à François Duvalier, 2 juin 1960

Marcel Manville, "L'anticolonialisme à la barre"

A lire : un superbe article dans la revue Diakritik de Christiane Chaulet Achour, professeure de littérature comparée et de littérature francophone, qui retrace le parcours de l'intellectuel et avocat martiniquais Marcel Manville (1922-1998), dont on célèbre le centenaire de la naissance cette année.

Marcel Manville fut un brillant avocat et militant anticolonialiste, compagnon de la première heure de Frantz Fanon, qu'il suivra, en tant qu'avocat du FLN, dans son engagement en faveur de l'indépendance de l'Algérie. Il fut un partisan audacieux et précoce de la "liberté dans les colonies françaises". Il fait partie des artisans du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP, 1949) et fonde le cercle Frantz Fanon, "organisation antillaise et internationaliste", au début des années 1980.

Marcel Manville est l'auteur de Les antilles sans fard (L'Harmattan, 1992), ouvrage en grande partie autobiographique. Ce livre ainsi qu'un film-hommage sont conservés à la Bibliothèque nationale de France.

Interview de Florence Alexis

Un témoignage puissant de Florence Alexis à propos de son père, Jacques Stephen, recueilli à l’occasion de la célébration du centenaire de la naissance de l’écrivain, par le média haïtien AyboPost.

Lodyans

Le recueil de contes Romancero aux étoiles (1960) de Jacques Stephen Alexis est associé à sa réappropriation du « lodyans » (l’audience en français), cette forme de littérature orale et de poésie parlée en Haïti.

Voici un blog consacré à « lodyans », récapitulant l’histoire et les formes de cette pratique narrative : https://lodyans.hypotheses.org/

Romancero aux étoiles s’ouvre sur une visite de l’esprit même de l’audience, sous la forme du Vieux Vent Caraïbe : « (...) l’immémorial et légendaire ménétrier, le plus grand Samba de toute la Caraïbe. Depuis un temps que nul ne peut dire ce vieux drille chante, danse, musarde, se musse, musique et fredonne au long des âges nos belles histoires de jadis, de naguère et de toujours ».

Centenaire de Jacques Stephen Alexis (1922-2022)

En hommage au centenaire de la naissance d’un des plus grands écrivains et militants politiques haïtiens, Jacques Stephen Alexis, le ministère de la culture et de la communication d’Haïti a annoncé le lancement de l’année « de la Belle amour humaine », du nom d'une tribune qu'Alexis signe dans Les lettres françaises de janvier 1957.

Descendant de Jean-Jacques Dessalines, le fondateur de l’indépendance d’Haïti (1804), Jacques Stephen Alexis est aussi le fils d’un membre éminent de l’intelligentsia haïtienne, le diplomate et écrivain Stephen Mesmin Alexis.

Tour à tour médecin (après un doctorat en médecine qu’il complète par des études de neurologie en France, à la Salpêtrière), militant politique (membre du parti communiste haïtien et homme politique marxiste d’envergure internationale), Jacques Stephen Alexis est également un écrivain éblouissant, qui publie coup sur coup plusieurs chefs d’œuvre : Compère général soleil (1955), qui lui vaut une reconnaissance immédiate en France, Les Arbres musiciens (1957), L’Espace d’un cillement (1959) et Romancero aux étoiles (1960).

Jacques Stephen Alexis est aussi l’inventeur d’une certaine modernité de l’art haïtien à travers son programme pour un « Réalisme Merveilleux des Haïtiens », qu’il présente en 1956 lors du premier Congrès des écrivains et artistes noirs, en Sorbonne (disponible sur place et à distance pour les lecteurs de la BNF ici).

Après un voyage en Chine et en Russie, où il assiste à la Conférence des Partis Communistes et Ouvriers, il décide en 1961 de rentrer clandestinement en Haïti depuis Cuba. Aussitôt capturé, il disparaît, probablement exécuté par les "Tontons Macoutes", milice de sinistre réputation du Président de la République d’Haïti de l’époque, François Duvalier.

Voici le portrait d’Alexis que fait son compatriote et ami René Depestre, dans un très riche entretien

" Alexis reste dans les mémoires des jeunes, de tout le monde en Haïti, comme un des héros de la lutte pour la libération d’Haïti parce qu’il a été victime de la barbarie du duvaliérisme, et le fidèle continuateur de Jacques Roumain. Il a écrit une œuvre originale qui ne ressemble à aucune autre, qui ne ressemble pas aux œuvres des premiers romanciers Marcelin et Hibbert, qui n’imite pas Jacques Roumain, une œuvre qu’Alexis seul pouvait produire, avec des textes de grande valeur comme Les Arbres musiciens, Romancero aux étoiles et surtout Compère Général Soleil. C’était assurément un grand écrivain. "

Malgré la reconnaissance critique dont jouit son œuvre, Jacques Stephen Alexis demeure l’un des auteurs les plus méconnus de la littérature haïtienne. La Bibliothèque Nationale de France propose une présentation de ses oeuvres en salle H et une bibliographie critique pour redécouvrir son humanisme puissant. 

La Ruche

Après avoir fait son lycée en France, Jacques Stephen Alexis retourne en Haïti en 1930 pour faire des études de médecine. Il commence à écrire et fait plusieurs rencontres marquantes, entre autres celle de Jacques Roumain. Au tournant des années 1945 et 1946, au moment même où André Breton est de passage sur l’île, il fait partie, avec d’autres jeunes écrivains, dont René Depestre, Théodore Baker et Gérald Bloncourt, d’un petit groupe révolutionnaire rassemblé autour d’un journal d’opposition intitulé La Ruche. Ce journal joua un rôle décisif lors de la Révolution de 1946 (qui renversa le Président Elie Lescot). Alexis écrivait une chronique qui s’appelait « Lettre aux hommes vieux », qu’il signait Jacques la Colère

Une archive incroyable partiellement numérisée ici.

Jean d'Amérique, lauréat du prix Montluc Résistance et Liberté

Le prix littéraire Montluc Résistance et Liberté a été décerné à Jean d'Amérique pour son roman Soleil à coudre.

Ce prix, du nom de l’ancienne prison militaire de Montluc, à Lyon, qui fut notamment utilisée par le régime de Vichy, se veut un hommage aux valeurs de la révolte et de la résistance.

Soleil à coudre est bel et bien un roman de la révolte.

Tête fêlée, jeune fille de la « terrible ravine Bois-de-Chêne » en Haïti et narratrice du livre, est une « allégorie des mille et une peines du ghetto ». Coincée entre un père violent « que l’obsession du flingue imprègne déjà plus que la raison » et une mère alcoolique, « pirogue voguant sur l’ivresse même », qui se prostitue au « Politicien dont le cul est fabriqué pour toutes les chaises », elle décrit son chemin chaotique parmi « les pèlerins de la décadence ». 
Seul son amour pour une camarade de classe, Silence, lui permet d’adresser au monde « un sourire singulier et sans souillure ». C’est dans cet « espoir d’eau fraîche » que Tête fêlée tente de lui écrire une lettre…

Comme l’écrit son éditeur, Actes Sud, « Soleil à coudre est une fable cruelle, gonflée de poésie, de désir et de sang. »

Jean d'Amérique, né en 1994, est un poète et dramaturge haïtien. il a déjà reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le prix Apollinaire-Découverte pour son recueil Atelier de silence, et le prix André Dubreuil du 1er roman, décerné par la SGDL pour Soleil à Coudre. Jean d’Amérique est aussi un grand lecteur, qui anime avec le collectif Loque Urbaine le festival international Transe Poétique établi à Port-au-Prince.